CONTROLES ROUTIERS A KINSHASA : QUAND L’ILLEGALITE SE FAIT AUTORITE

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À Kinshasa, la route est devenue le théâtre d’une dérive institutionnelle inquiétante. En déployant des agents publics journaliers, sans qualification ni habilitation légale, pour contrôler les permis de conduire et les règlements techniques des véhicules, le Gouverneur de la Ville a franchi une ligne rouge : celle du mépris de la loi au nom d’une gouvernance expéditive.

La question est simple : ces contrôles sont-ils conformes au Nouveau Code de la route ? La réponse est sans ambiguïté : non. Et la loi est pourtant claire.

L’article 4 de la Loi n°78/022 du 30 août 1978 portant Nouveau Code de la route ne laisse place à aucune interprétation hasardeuse. Il identifie strictement trois catégories d’agents qualifiés et habilités à réguler la circulation et à réprimer les contraventions routières, y compris le contrôle des permis et des règlements techniques. Il s’agit :

Du personnel de la brigade routière (aujourd’hui la Police de Circulation Routière – PCR) ;

Des fonctionnaires et agents de certaines administrations dûment investis d’un mandat de police judiciaire, c’est-à-dire ayant prêté serment, agissant dans la limite de leurs compétences et fonctions ;

Du personnel de la police militaire, dans les conditions prévues par la loi.

Nulle part, le législateur n’a prévu des agents journaliers improvisés, sans formation juridique, sans serment, sans statut clair, pour exercer des missions aussi sensibles. En procédant ainsi, l’autorité urbaine ne se contente pas de contourner la loi : elle institutionnalise l’illégalité.

Au-delà de l’aspect juridique, cette pratique ouvre grand la porte aux abus : tracasseries, extorsions, règlements arbitraires et insécurité juridique pour les usagers de la route. Comment exiger le respect de la loi lorsque ceux qui sont censés la faire appliquer agissent eux-mêmes en dehors du cadre légal ?

Gouverner, ce n’est pas seulement “faire appliquer l’ordre”, c’est respecter lc’est respecter la loi que l’on prétend défendre. À Kinshasa, la lutte contre le désordre routier est légitime. Mais elle ne saurait justifier la création d’une police parallèle, sans base légale. À défaut, l’autorité perd sa crédibilité et l’État de droit devient un simple slogan.

En matière de circulation routière comme ailleurs, la fin ne justifie jamais les moyens. Et surtout pas quand ces moyens violent ouvertement la loi.

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